ZHU Wenyu
Artiste d’origine chinoise vivant et travaillant à Paris, ZHU Wenyu développe une pratique picturale et pluridisciplinaire autour du temps, de la causalité et de la condition de l’être. Son travail établit un dialogue entre les traditions métaphysiques orientales et la pensée de l’histoire de l’art occidentale, dans une recherche où mémoire, lumière, espace et devenir occupent une place centrale.
Je pense depuis toujours que les sensations les plus essentielles naissent avant même que le langage ne se forme. Cela peut être une lumière sur le point de disparaître, une couleur d’air impossible à nommer avec précision, ou encore ce bref instant où surgissent soudain, au fond de soi, le silence et le frémissement. Ces moments sont extrêmement fragiles, presque imperceptibles, et pourtant ils me semblent plus proches du réel que toute narration explicite. Ma peinture tente justement de s’approcher de ces instants qui échappent à toute définition complète. Je travaille à travers différents supports, notamment le bois et la toile. Chaque matière possède sa propre temporalité, sa propre respiration. Le bois porte en lui une densité silencieuse et intérieure : les pigments y pénètrent, s’y déposent, laissant apparaître des traces qui ressemblent à une lente sédimentation du temps. La toile, au contraire, ouvre un espace plus léger, plus mouvant, où la couleur peut se diffuser et circuler avec davantage de liberté. Pour moi, le support n’est jamais un simple réceptacle de l’image ; il fait partie intégrante de l’émotion et de l’esprit de l’œuvre. Une partie de mon inspiration provient du Shijing (Le Livre des Odes) ainsi que de la littérature classique chinoise, et plus particulièrement de l’idée de « xing » — cette manière d’évoquer sans expliquer directement. Les anciens ne cherchaient pas à décrire le monde de façon frontale ; ils passaient par le vent, la lune, l’eau, la brume, les herbes, les lueurs fugitives, afin de transmettre des sensations impossibles à formuler entièrement. J’ai toujours été profondément attirée par cette retenue et cette ampleur intérieure. Bien souvent, je n’ai pas l’impression de « composer » une image ; j’attends plutôt qu’un souffle apparaisse de lui-même. Parallèlement, la peinture française a profondément nourri ma sensibilité, en particulier toutes les recherches liées à la lumière, à la couleur et à la perception de l’instant. De l’impressionnisme jusqu’à l’abstraction lyrique, la peinture a progressivement cessé d’être uniquement représentation pour devenir expérience sensible. Cette attention portée à l’instant rejoint, dans mon esprit, les notions chinoises de résonance intérieure et de vide. Ainsi, mes œuvres ne sont ni des paysages au sens strict, ni de simples compositions formelles. Elles ressemblent davantage à des fragments d’état intérieur : quelque chose qui apparaît tout en étant déjà en train de disparaître, un temps impossible à retenir, une faible lumière surgissant brièvement dans la profondeur de la conscience. Je ne cherche pas à donner des réponses précises au regardeur. J’aimerais plutôt que chacun puisse, à travers ces couleurs, ces flux et ces silences, retrouver quelque chose de sa propre respiration intérieure. Car parfois, l’essentiel ne réside pas dans ce que nous voyons. Mais dans le fait de ressentir à nouveau.
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Je pense depuis toujours que les sensations les plus essentielles naissent avant même que le langage ne se forme.
Cela peut être une lumière sur le point de disparaître, une couleur d’air impossible à nommer avec précision, ou encore ce bref instant où surgissent soudain, au fond de soi, le silence et le frémissement. Ces moments sont extrêmement fragiles, presque imperceptibles, et pourtant ils me semblent plus proches du réel que toute narration explicite. Ma peinture tente justement de s’approcher de ces instants qui échappent à toute définition complète.
Je travaille à travers différents supports, notamment le bois et la toile. Chaque matière possède sa propre temporalité, sa propre respiration. Le bois porte en lui une densité silencieuse et intérieure : les pigments y pénètrent, s’y déposent, laissant apparaître des traces qui ressemblent à une lente sédimentation du temps. La toile, au contraire, ouvre un espace plus léger, plus mouvant, où la couleur peut se diffuser et circuler avec davantage de liberté. Pour moi, le support n’est jamais un simple réceptacle de l’image ; il fait partie intégrante de l’émotion et de l’esprit de l’œuvre.
Une partie de mon inspiration provient du Shijing (Le Livre des Odes) ainsi que de la littérature classique chinoise, et plus particulièrement de l’idée de « xing » — cette manière d’évoquer sans expliquer directement. Les anciens ne cherchaient pas à décrire le monde de façon frontale ; ils passaient par le vent, la lune, l’eau, la brume, les herbes, les lueurs fugitives, afin de transmettre des sensations impossibles à formuler entièrement. J’ai toujours été profondément attirée par cette retenue et cette ampleur intérieure. Bien souvent, je n’ai pas l’impression de « composer » une image ; j’attends plutôt qu’un souffle apparaisse de lui-même.
Parallèlement, la peinture française a profondément nourri ma sensibilité, en particulier toutes les recherches liées à la lumière, à la couleur et à la perception de l’instant. De l’impressionnisme jusqu’à l’abstraction lyrique, la peinture a progressivement cessé d’être uniquement représentation pour devenir expérience sensible. Cette attention portée à l’instant rejoint, dans mon esprit, les notions chinoises de résonance intérieure et de vide.
Ainsi, mes œuvres ne sont ni des paysages au sens strict, ni de simples compositions formelles.
Elles ressemblent davantage à des fragments d’état intérieur :
quelque chose qui apparaît tout en étant déjà en train de disparaître,
un temps impossible à retenir,
une faible lumière surgissant brièvement dans la profondeur de la conscience.
Je ne cherche pas à donner des réponses précises au regardeur.
J’aimerais plutôt que chacun puisse, à travers ces couleurs, ces flux et ces silences, retrouver quelque chose de sa propre respiration intérieure.
Car parfois, l’essentiel ne réside pas dans ce que nous voyons.
Mais dans le fait de ressentir à nouveau.
我始终觉得,真正重要的感受,往往发生在语言形成之前。
它可能是一道即将消失的光,一种无法被准确描述的空气颜色,或是某个短暂时刻里,内心突然出现的寂静与震动。那些瞬间极其微弱,却比清晰的叙事更接近真实。我的绘画,便是试图接近这些无法被完全定义的片刻。
我的作品使用不同媒介进行创作,包括木板与布面。不同材料会带来完全不同的时间感与呼吸感。木板具有一种沉静、内敛的物质性,颜料会在其表面停驻、渗透,留下接近时间沉积般的痕迹;而布面则更轻盈、更开放,颜色能够获得更自由的流动与扩散。对我而言,媒介并不仅仅是承载图像的工具,它本身也是情绪与精神的一部分。
我的灵感部分来自《诗经》以及中国古典文学中的“兴”。古人并不急于解释世界,而是通过风、月、水、雾、草木与微光,去传递一种无法直言的感受。我始终被这种含蓄而辽阔的精神吸引。很多时候,我并不是在“构图”,而更像是在等待一种气息自然浮现。
与此同时,我也深受法国绘画影响。尤其是那些关于光、色彩与瞬间感知的探索。从印象主义到抒情抽象,绘画不再只是再现对象,而开始触及人的感知本身。这种对于“瞬间”的凝视,与中国传统美学中对于“气韵”与“留白”的理解,在我心里逐渐产生了连接。
因此,这些作品既不是具体风景,也不是纯粹形式。
它们更像一种精神性的片段:
某种即将浮现又正在消散的东西,
一种无法停留的时间,
一次意识深处短暂亮起的微光。
我并不希望观众在作品中寻找明确答案。
我更希望,人能够在这些颜色、流动与沉默之间,重新感受到自身的呼吸与内心。
因为有时候,真正重要的,并不是我们“看见了什么”。
而是我们终于再次感觉到了。
— ZHU Wenyu
L'origine de la vie
L'origine de la vie
Dans ce cycle, ZHU Wenyu dépasse la mémoire personnelle pour engager une recherche ontologique sur les origines de l’existence. Le temps n’y est plus pensé comme une ligne, mais comme une continuité cyclique ; l’être n’y apparaît pas comme une forme fixe, mais comme un processus en devenir.
Aisthesis
Physis
Phase actuelle de l’artiste, Physis marque une ouverture vers une peinture plus légère, respirante et spatiale. Les œuvres ne représentent pas la nature comme un objet, mais suivent une force générative interne, où couleur, lumière et rythme émergent dans un état suspendu de devenir.
Dans mes œuvres, l’eau n’est pas nécessairement l’eau, ni la montagne la montagne. Elles deviennent les paysages intérieurs de la conscience. Les transparences de couleur, les lumières flottantes et les contours indécis ouvrent un espace entre mémoire et présence. Un instant semble y prendre forme tandis qu’il s’efface déjà. Une conscience paraît dériver au milieu des eaux, proche du monde mais toujours séparée de lui par une distance invisible. Ce que je tente de préserver n’est pas l’image d’un lieu, mais l’instant même où naît la sensation. Là, le monde n’a pas encore trouvé ses mots. Et la lumière commence à peine à surgir.
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Dans mes œuvres, l’eau n’est pas nécessairement l’eau, ni la montagne la montagne.
Elles deviennent les paysages intérieurs de la conscience.
Les transparences de couleur, les lumières flottantes et les contours indécis ouvrent un espace entre mémoire et présence.
Un instant semble y prendre forme tandis qu’il s’efface déjà.
Une conscience paraît dériver au milieu des eaux, proche du monde mais toujours séparée de lui par une distance invisible.
Ce que je tente de préserver n’est pas l’image d’un lieu, mais l’instant même où naît la sensation.
Là, le monde n’a pas encore trouvé ses mots.
Et la lumière commence à peine à surgir.在我的作品中水并不一定是水,山也不一定是山。
它们更像意识的地貌。
那些若隐若现的色层、漂浮的光影与模糊的边界,构成一种介于现实与记忆之间的空间。仿佛一个瞬间正在形成,又正在消失;仿佛一个意识漂浮于水面中央,既靠近世界,又无法真正触及。
我试图留住的,并非某个具体景象,而是感知诞生的那一刻。
在那里,世界尚未成为语言。
而光,刚刚开始发亮。— ZHU Wenyu
《未被看见之时,已然生长》
La croissance précède le regard
《阈》
Seuil
《隙》
Interstice
Lueur
Clairière
Latence
Éveil
Lentement, sans forme
Aura
Nappe
Flux
Lisière
Ferveur
Braise
Respiration
Zénith
Abîme
Nuit
Dérive
Confluence
《悬息》
Suspension
Émergence
Brume
《夭》
Rosée
《湛》
Limpidité
《绯》
Lueur de rose
《霓》
Irisation
《泱》
Eaux sans rivage
《漪》
Ondulation lumineuse
《皎》
Clarté de lune
《洄》
Le Retour des eaux
《蒹》
Roseaux lointains
《澹》
Quiétude translucide
《息》
Souffle
《态》
Phase
《澜》
Onde
《霁》
Éclaircie
《霭》
Voile
《贯》
Percée
《渊》
Profondeur
《染》
Teinte
《炽》
Ardeur
《晞》
Rémanence
《溟》
Abyssale
《蘖》
Efflorescence
《溯》
Remontée
《燹》
Cendre
《岚》
Éther
《炁》
Sillage
《涟》
Résonance
《潋》
Reflet
《晦》
Nocturne
《渟》
Aube
《曦》
Aurore
《萤》
Veille
《萌》
Élan
《涌》
Jaillissement
《临》
Imminence
《在感知边缘》
À l’orée du sensible
《在色彩学会低语之前》
Avant que les couleurs n’apprennent à murmurer
《无需言说的和声》
Ce qui s’accorde sans se dire
《如雾般生成之物》
Ce qui se forme comme une brume
《温柔正在生成》
Une douceur en train de devenir
《溯洄》
Nymphéas violets
《既明》
Aurore intérieure
《澜音》
Écho d’Eau
《未晞》
Rosée avant l’aube
《灼华》
Lueur florale
《在彼中洲》